Le lièvre d’Amérique – Mireille Gagné – Éditions La peuplade –

UN CONTE, UNE FABLE ANIMALIÈRE

Mireille Gagné nous parle de notre société capitaliste, de l’héroïne proche du burn-out, de notre rapport au travail, à la nature. C’est une satire sociale intéressante.

C’est l’histoire de Diane, une trentenaire qui travaille dans une grande entreprise ; elle est passionnée par son travail, elle a une ambition énorme, elle a envie de faire toujours plus, elle veut être la meilleure. Elle a un esprit de compétition vis-à-vis de ses collègues mais elle est comme tout le monde, elle a ses limites. Elle n’en peut plus, elle est sur le point de s’écrouler. Alors, Diane qui veut être ultra-performante, va demander à subir une intervention chirurgicale, en vue d’une modification génétique. Elle se réveille et est très attentive à la réaction de son corps. Elle a besoin de moins de sommeil. L’opération a réussi, elle va pouvoir se surpasser au travail, mais au fil du temps, elle observe son corps. Elle va être étonnée de la modification de celui-ci, sur bien d’autres sujets.

Nous sommes plongés dans son adolescence où elle va avoir un rapport particulier avec la nature et avec des animaux en voie d’extinction, grâce à la rencontre d’un autre adolescent, lors de ses vacances.

Dans ce livre, on y trouve des annotations sur « le lièvre d’Amérique (lepus americanus) est un petit mammifère … largement répandu au Canada et au Québec… À l’opposé de son cousin le lapin, le lièvre préfère fuir plutôt que de se cacher pour échapper aux prédateurs. » (p.8). Sur une ou deux pages, vous lirez ces descriptions où il n’y aucune ponctuation. La construction peut surprendre, mais c’est tout à fait plaisant à lire, il y a un petit temps d’adaptation.

Un roman étonnant et très fort. Un roman qui nous interroge sur notre aliénation au travail, notre besoin de liberté, notre soif de nature. Tout ça écrit à la manière d’un conte extrêmement poétique que vous pourrez faire lire à toutes les personnes qui vous entourent !.

Une fois que l’on a posé le livre, il nous donne à réfléchir, et nous rappelle l’importance de la nature dans notre vie. L’auteure nous invite à nous poser de nombreuses questions sur les dérives de notre vie moderne : – Est-ce à nous de nous adapter à cette société ou accepter ce que la nature nous a offert ?. Accepter de notre corps nos limites, et tout ce qu’il nous offre aussi ?. C’est un livre très court mais très intense écrit par Mireille Gagné, poétesse québécoise, qui nous livre ce premier roman, à l’écriture très poétique.

Comme le dit si bien la quatrième de couverture :

« Ce roman, une fable animalière néolibérale, s’adresse à celles et ceux qui se sont égarés. » Mireille Gagné ajoute même et conseille à ses lecteurs : « je vous souhaite que, si vous vous êtes perdus sur le chemin du surmenage, vous trouviez votre voie ! » Alors bonne lecture !

LIBRAIRIE DOUCET LE MANS/M. Christine

LE LIÈVRE D’AMÉRIQUE – 138 pages – prix : 18 € (publié en oct. 2020)

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Mireille Gagné est née à l’Isle-aux-Grues et vit à Québec. Depuis 2010, elle a publié des livres de poésie et de nouvelles. Le lièvre d’Amérique est son premier roman.

Chanson bretonne – suivi de L’enfant et la guerre – deux contes – Jean-Marie Gustave Le Clézio – Éditions Gallimard

chanson bretonne 2

Sur les pas de son enfance bretonne, de ses racines, la Bretagne de ses ancêtres.

« Pour rien au monde nous n’aurions manqué cette fête de l’été. Parfois les orages d’août y mettaient fin vers le soir. Les champs alentour avaient été fauchés et la chaleur de la paille  nous enivrait, nous transportait. Nous courions avec les gosses dans les chaumes piquants, pour faire lever des nuages de moustiques. Les 2 CV des bonnes sœurs roulaient à travers champs. Les groupes d’hommes se réunissaient pour regarder les concours de lutte bretonne, ou les jeux de palets. Il y avait de la musique de fanfare sans haut-parleurs, que perçaient les sons aigres des binious et des bombardes. »

A travers ces deux récits autobiographiques,  deux contes : « Chanson bretonne » suivi de « L’enfant et la Guerre » J-M.G. Le Clézio nous emmène en voyage, tout d’abord en Bretagne, au petit port de Sainte-Marine, dans le Finistère, pays de sa jeunesse, celui de ses vacances où il fit de nombreux séjours, entre 1948 et 1954. Pays qui lui a apporté tant d’émotions et souvenirs. L’amour de la vie de cette Bretagne, si paisible et si belle lui offrant de belles aventures. Il évoque la langue bretonne, un drame, une tragédie quand l’éducation nationale incitait les élèves à ne plus parler breton à l’école, sans quoi les maîtres les punissaient, ne plus utiliser cette langue, même à la maison alors que pour lui, cette langue était une véritable musique.

Ensuite,  nous allons du côté de Nice, sa ville natale, les années de la guerre, dans la vallée de la Vésubie et Roquebillière, l’arrière-pays, où il arrive en 1943, pays de sa tendre enfance (il n’a alors que trois ans) où il dépeint des souvenirs racontés par les adultes de cette époque-là. En période de guerre, il rapporte la souffrance, les déplacements, le froid dans la cave où il fallait se cacher, la faim, la peur au quotidien… Un enfant de la guerre élevé que par des femmes, loin de son père médecin militaire en poste en Afrique dont il fera la connaissance à l’âge de 7 ans, au Nigéria. Sur le bateau qui l’emmènera vers son père, J-M. G. Le Clézio rédige ses premiers écrits tout au long de son premier et long voyage.

Quelques dates :  1963 : Il n’a que 23 ans, entrée en littérature avec son premier roman « Procès Verbal » dont il rate d’une voix le prix Goncourt, mais décroche le prix Renaudot.

1970 : J-M. G. Le Clézio part vivre avec une communauté indigène Embéra, pendant quatre ans, au Panama. Il s’imprègne de cette culture et découvre le chamanisme. Il écrira à cette occasion : « Cette expérience a changé toute ma vie, mes idées sur le monde et l’art, ma façon d’être avec les autres, de marcher, de manger, d’aimer, de dormir et jusqu’à mes rêves. »

1980 : Il publie « Désert », immense récit poétique et romanesque sur le destin de populations oubliées et méprisées.

2008 : A Stockholm, J-M. G. Le Clézio  reçoit par l’Académie suédoise, le Prix Nobel de littérature pour son oeuvre, riche d’une cinquantaine d’ouvrages, de contes, d’essais, de nouvelles et de grands romans, traduite en trente-six langues, saluée par le prix Nobel comme l’oeuvre d’un écrivain écologique engagé : « agir, plutôt que témoigner »

2004 : L’Africain – 2008 : Ritournelle de la faim.… et tant d’autres

Librairie Doucet/MC

« Chanson Bretonne » suivi de « L’enfant et la guerre » – 154 pages – prix : 16.50 € (parution mai 2020)