Suzuran – Aki Shimazaki – Éditions Actes Sud –

Vous avez envie d’un peu de douceur, eh bien lisez

SUZURAN, すずらん qui signifie muguet !

Vous nous promettez-là, Nathalie, un véritable moment de douceur dont nous avons bien besoin ! Exactement ! Je me suis dis qu’en ce moment c’était une petite bulle de tendresse et de douceur.

Suzuran

Alors, Aki Shimazaki n’en est pas à son coup d’essai. C’est une japonaise qui vit au Canada et qui écrit en français mais qui est très imprégnée de sa culture d’origine. Et à chaque fois, c’est un bonheur de lire un de ses livres. Là, elle nous raconte l’histoire de Anzu qui est une jeune femme trentenaire qui vit seule avec son fils et qui a fait de sa passion, son métier, puisqu’elle est céramiste. Elle modèle des vases pour accueillir les fleurs. Elle est passionnée de poterie, elle a une vie plutôt sage et un peu rangée, auprès de ses parents vieillissants, en bord de mer. Elle a une grande sœur qui s’appelle Kyoko qui vit à Tokyo qui elle, est l’extrême inverse, une jeune femme bouillonnante, un peu croqueuse d’hommes et qui débarque un jour dans sa vie pour annoncer à toute la famille qu’elle va se remarier et en fait, l’évènement, et le retour de cette sœur, va profondément et durablement modifier la vie de Anzu. C’est raffiné, c’est plein de délicatesse, c’est un voyage hors du temps. On y parle beaucoup de nature, de mer, du travail des mains. C’est une petite bulle dans laquelle on peut s’extraire de cette période un peu compliquée et comme on a besoin de lectures en ce moment, cela fait beaucoup de bien !. C’est une jolie douceur. On déconnecte de tout et on s’imprègne de cette culture assez philosophique, assez sage, où il n’y a pas d’éclats de voix ni de geste plus haut, voire déplacé. Tout est dans le respect et la tradition et ça fait vraiment du bien de temps en temps. (Et pour l’anecdote, SUZURAN en japonais, signifie MUGUET)

Écoutez Nathalie en compagnie de Fabien Obric sur France Bleu Maine, en cliquant ici !

Nathalie de la Librairie Doucet/MC

Suzuran, 168 pages – 15 € – paru en avril 2020

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Aki Shimazaki est née au Japon. Elle vit à Montréal depuis 1991. Ses trois pentalogies, « Le Poids des secrets », « Au coeur du Yamato » et « L’Ombre du chardon » ont été publiés par Leméac/Actes Sud. Suzuran est le premier titre d’une nouvelle série.

Le Champ – Robert Seethaler – Éditions Sabine Wespieser –

CHRONIQUE SOUTERRAINE !

Nous avons tous peur de mourir et c’est normal, nous sommes des humains ! Les premières pages de ce roman extraordinaire posent la question : « Si les morts pouvaient parler, que diraient-ils ? » « LE CHAMP » est un drôle d’endroit dans le village, car il s’agit du cimetière ! Mais, CE CHAMP, C’EST LE MONDE. CES VOIX, NOS VIES.

Ainsi, Robert Seethaler, romancier autrichien, redonne vie à vingt-neuf disparus, tous originaires de la même bourgade. Il fait parler les morts de Paulstadt, une ville autrichienne imaginaire, dans la Markstrasse qu’ils ont habitée ou fréquentée. Chaque mort prend donc la parole à tour de rôle et devient narrateur. Chaque chapitre est une voix, chaque voix qu’on entend, ce sont les voix des gens qui dorment dans « le champ« , la terre qu’ils partagent tous désormais. Ainsi, en quelques pages ou quelques mots, ils reprennent vie et certains d’entre eux nous fascinent et nous marquent. Il y a une sorte d’intimité dans leur manière de se livrer ou de résumer leur passé (leurs amours, leurs bonheurs, leurs réussites ou échecs, leurs rancœurs, amitiés, jalousie etc... Leurs vies tout simplement ! ) Ils étaient fleuriste, primeur, facteur, professeur, sans véritables liens, mais pouvaient se connaître. On se rappelle de la marchande de chaussures parce qu’elle veut vivre une grande vie et qui râle sans arrêt après son mari. Puis, on retrouve le curé qui est tellement illuminé qu’il a mis le feu à son église et on se demande bien pourquoi ! On reconnaît Monsieur le Maire parfois cynique, parfois sincère. Il y a Marie, la doyenne de 105 ans qui dit : « J’ai été une enfant. Puis une dame. Puis de nouveau une enfant. De l’entre-deux je ne me souviens pas. En tout cas j’étais une jolie dame » (p. 211). Et celle qui va être la prostituée du village et du coup, elle raconte tout le village, elle a connu tout le monde intimement !.

Hannes Dixon, un des narrateurs, reporter-rédacteur-éditeur du « Courrier de Paulstadt, nous livre ces quelques mots : « Chaque instant porte en lui le temps dans sa globalité; dans les vitres de la Markstrasse se reflète le monde entier. » (p.225)

Que reste-t-il de la vie après la mort ? Quelques dates, des regrets, des amours, de l’amitié ?

Un livre bien écrit, sans pathos. Une langue très belle, très poétique, il y a des moments où l’on rit malgré le sujet. C’est un bouquet d’émotions et c’est vraiment touchant. Certaines histoires commencent de manière un peu dure, parfois lugubre puis à la fin, on se marre.

Librairie Doucet/M.Christine

LE CHAMP traduit de l’allemand (Autriche) par Elisabeth Landes – prix : 21 € – 276 pages – (parution : janvier 2020)

Robert SEETHALER, né en 1996, vit à Berlin. « Le Tabac Tresniek » (2014) et « Une vie entière » (2015), tous deux parus chez Sabine Wespieser éditeur, l’ont imposé en France et ailleurs comme un des écrivains de langue allemande les plus importants de sa génération. « Le Champ » (Das Feld), publié en 2018 en Allemagne, y a connu ainsi qu’en Autriche, un succès retentissant.

Impossible – Erri de Lucca – Éditions Gallimard

C’EST LE MOIS DE NOVEMBRE !

LE CONFINEMENT NOUVEAU EST ARRIVÉ !

PROFITEZ-EN POUR LIRE ou RELIRE mais N’OUBLIEZ PAS D’ACHETER VOS LIVRES DANS LES LIBRAIRIES INDÉPENDANTES !

Partons à la montagne pour la solitude, pour se sentir minuscule face à l’immensité de la nature !

Ce roman se passe en montagne, dans les Dolomites italiennes, la chaîne de montagnes, au nord de l’Italie. Le livre débute avec un homme qui pratique l’escalade dans la région, chute et se tue. Tandis qu’un autre homme (je parle volontairement d’un homme car ils ne sont pas nommés) passait par là, puis donna l’alerte auprès des secours. Or, il se trouve que ces deux-là se connaissaient, puisque quarante ans plus tôt, ils étaient activistes dans un même groupe révolutionnaire, pendant les années de plomb en Italie, et organisaient des attentats. En fait celui qui est tombé et est mort avait dénoncé tous ses petits camarades, trente ans auparavant. La justice italienne qui a vent de cette chute et de cette rencontre ne pense pas que cela puisse être une coïncidence, mais imagine que ça peut être une vengeance.

Tout le livre est un huis-clos entre l’homme qui a donné l’alerte et le juge qui va l’interroger pour tenter de prouver qu’il est coupable d’avoir poussé son ex-camarade dans les montagnes. C’est brillantissime ! C’est intelligent ! Et puis j’aime bien de temps en temps ces joutes verbales entre deux personnages, par ce que chacun apporte toutes ses tripes, toute son intelligence et met toute sa conviction. Ça parle de loyauté, ça parle d’amitié mais aussi de trahison et d’engagement. -Tous les ingrédients d’un bon livre, en somme !- En même temps, c’est aussi parsemé entre ces différents interrogatoires, l’homme qui est soupçonné est incarcéré en prison, écrit des lettres d’amour à sa maîtresse qui sont absolument magnifiques de poésie et voilà c’est vraiment MA-GNI-FI-QUE !

Écoutez Nathalie sur France Bleu Maine, en compagnie de Delphine Seveno, en cliquant ici !

Nathalie de la librairie Doucet/MC

Impossible – 176 pages – prix : 16.50 € – paru le 20/08/20 – Traduit de l’italien par Danièle Valin.

Erri de Lucca, né à Naples en 1950, est écrivain, poète et traducteur. Il est l’auteur d’une œuvre abondante, publiée par les Editions Gallimard et partout dans le monde, dont les romans « Montedidio » (2002, prix Femina étranger) et « Le poids du papillon » (2011) ou plus récemment « La nature exposée » (2017) et « La Tour de l’Oie » (2019)

B E T T Y – Tiffany McDaniel – Editions Gallmeister – (Finaliste du Prix Pulitzer)

B E T T Y

Qui est cette B E T T Y ?

« Ce livre est à la fois une danse, un chant et un éclat de lune, mais par-dessus tout, l’histoire qu’il raconte est, et restera à jamais, celle de la petite indienne »

BETTY CARPENTER de son nom complet est la sixième de huit enfants. Elle vit dans une famille un peu atypique. Nous sommes dans les années soixante, au fond de l’Ohio. C’est surtout pour l’époque, et ça complexifie les choses, une famille mixte : sa mère est blonde, blanche et son père indien cherokee. Les enfants en général, ressemblent plutôt à la mère, sauf Betty. Son père l’appelle « ma petite indienne« . C’est lourd de conséquence, c’est pour tout ce dont elle a hérité, c’est pour tout ce qu’elle a connu dans des vies antérieures et puis surtout, c’est pour lui donner de l’importance, pour lui dire : Tu comptes pour moi !

Ce texte est un véritable bijou. Il m’a transportée de la première à la dernière page. Olliver Gallmeister, l’éditeur a ce talent ; il travaille sur la littérature américaine, il a déniché ce premier roman qui est d’une beauté, d’une sauvagerie, à la fois noir et lumineux, à la fois doux et violent. Vous allez suivre Betty dans tout ce qu’il y a de plus beau, les légumes qui poussent, le respect des animaux, les feuilles qui dansent, le bruit d’une cascade, tout ce que son père qui a un côté très chamane va lui apprendre. Son père sait guérir avec les plantes, son père a ce contact avec la nature. Vous allez découvrir avec Betty également le côté sombre, la violence des enfants, le racisme que ce soit à l’école ou entre adultes, la méchanceté, l’inceste, le viol, le meurtre.

Myriam (F.Bleu) : J’ai envie de dire qu’ il y a justement une grande référence à l’actualité, à ce que l’on entend, ce que l’on vit, dans la vie tout simplement… Mad : Oui, parce que ce livre est quand même une ode à vivre ensemble, à respecter l’autre malgré ses différences, avec ses différences. Ce texte est fait pour mettre en avant tout ce qu’on peut trouver, tout ce en quoi il faut s’attacher dans ces vies si différentes, ces caractères si différents. Et c’est là où c’est extraordinaire, cette petite fille qui a douze ans, c’est vous, c’est moi, c’est absolument tout le monde. Ses souvenirs, les bons comme les mauvais, elle va les écrire sur des feuilles parce que la littérature, l’écriture, la lecture font partie de son univers. Elle va ranger tout ça dans des bocaux qu’elle va enterrer et puis, peut-être découvrir, apaisée ou en colère… Elle va essayer de faire du mieux qu’elle peut pour aider sa maman qui a des problèmes psychologiques et beaucoup de mal à assumer ce mariage mixte. Elle va aider son père pour qu’il soit reconnu. Elle va aider ses nombreux frères et sœurs.

C’est un texte inoubliable ! Vraiment, je vous invite à en tourner les pages. Vous pourrez commencer et surtout vos ne vous arrêterez plus. Et de plus, un livre facile à lire, bien évidemment.

Tiffany McDaniel vit dans l’Ohio, où elle est née. Son écriture se nourrit des paysages de collines ondulantes et de forêts luxuriantes de la terre qu’elle connaît. Elle est également poète et plasticienne. Son premier roman, « L’été où tout a fondu » est à paraître aux Editions Gallmeister.

Ecoutez Marie-Adélaïde Dumont sur France Bleu Maine, en compagnie de Myriam, en cliquant ici !

B E T T Y – 716 pages – Prix : 26.40 € – Traduit de l’américain François Happe

Le chant de la pluie – Sue Hubbard – Éditions Mercure de France

LE CHANT DE LA PLUIELE CHANT DE LA PLUIE 

« Ferme les yeux, Martha, et attends que je te dise de les rouvrir ». Puis au détour d’un rivage, il dit : « Maintenant ». Devant eux, le ciel est en feu, rouge sang et or. Peu à peu il s’assombrit, devenant violet, puis noir, avant que la grande boule de feu ne tombe dans la mer. » (p.263)

Nous voilà en Irlande, dans un coin reculé, au bord des falaises de la côte ouest,  au cœur du Kerry, face à l’océan et des îles Skellig où se situe un refuge monastique. C’est dans cette nature sauvage et omniprésente, cet environnement magnifique que Sue Hubbard a décidé de nous emmener.

Martha Cassidy, enseignante anglaise, la cinquantaine, a quitté Londres et se retrouve exactement à Kaherciveen, ce petit village isolé, après la mort brutale de Brendan,  pour mettre de l’ordre dans le cottage ayant appartenu à son mari, où il venait souvent seul (peut-être ?) qu’elle débarque. Dans cette demeure humide, elle va se remémorer quelques épisodes de ces trente années passées, mais aussi découvrir qu’elle ne connaissait peut-être pas aussi bien Brendan, son mari défunt. Une solitude qui sera quelque peu bousculée par certains voisins dont un certain Eugène Riordan assez désagréable (un vieil ami d’enfance de son mari)  et qui essaiera de la courtiser ; il a de grandes idées de développement sur la campagne de Bolus Head, tandis que le plus proche voisin de Martha Cassidy, le sympathique Paddy O’Connell  éleveur, très courageux vit de sa production  et entretient la nature qui l’entoure. 

Vous aimerez beaucoup le jeune Colm au bonnet bleu, qui vit de son élevage, poète et philosophe à ses heures, qui écrit des poèmes, joueur de fiddle le soir dans les pubs,  pour lequel Martha a beaucoup d’estime et qui lui redonnera un peu de réconfort et le goût de vivre. Tout comme vous apprécierez Martha, cette femme humble et attentionnée aux gens du cru qui porte un regard très attentif sur l’ environnement de son cottage, comme le font tous ces jeunes garçons. Puis vous ferez la connaissance des absents qui étaient si chers à Martha, ses deux « B » disait-elle, Brendan et Bruno surtout, de cette perte profonde vécue en ces lieux dont Martha parle si bien, ravivant ainsi  de nombreux souvenirs. 

Un livre sublime plein d’humanité. Un livre magnifique,  très cinématographique. Une écriture vraiment agréable, un roman extrêmement bien écrit. Et si vous aimez l’ambiance irlandaise, les embruns, la pluie et l’odeur de la tourbe,  la bière et le whisky, ce livre vous ravira très certainement !.

Une très belle découverte.

Librairie Doucet/M. Christine
Critique d’art et poète dont l’oeuvre a été couronnée par de nombreux prix, Sue Hubbard est aussi romancière. Elle vit à Londres. Le Chant de la pluie, son troisième roman, est le premier traduit en français.

« Le chant de la pluie » – 284 pages – prix 23.80 € – (parution mai 2020) – Traduit de l’anglais par Antoine Bargel.

 

 

L’apiculteur d’Alep – Christy Lefteri – Éditions du Seuil –

L'apiculteur d'AlepL’APICULTEUR D’ALEP

« Quand on appartient à quelqu’un qui n’est plus là, qui est-on ? «  (p.81)

Nuri est apiculteur. Il aime son pays et travailler à l’air libre, au  contact des abeilles qu’il connaît parfaitement bien. Avec son cousin Mustafa, ils possèdent de nombreuses ruches d’où ils extraient le miel des abeilles, indispensables à notre survie, car nous sommes aussi vulnérables qu’elles. Nuri est installé dans ce pays avec sa femme Afra, artiste peintre et leur fils, Sami. Seulement, le pays qu’ils habitent, c’est la Syrie et, en Syrie il y a la guerre… Nous allons donc suivre le long périple de cette famille syrienne.abeille 1Une bombe de plus, une bombe de trop et toute la vie bascule. Afra devient aveugle à la suite d’un bombardement et  leur fils Sami est mort. Ils ne sont plus que tous les deux, il faut fuir la guerre qui sévit dans le pays, penser à l’exil, puis tenter de rejoindre Mustafa qui a déjà atteint l’Angleterre. Afra est réticente, ne veut pas quitter sa chambre, mais Nuri fait tout pour la convaincre, toujours attentionné, cherchant malgré tout, la moindre petite chose à offrir à Afra, celle qu’il aime tant : un fruit, une fleur…, des pétales de cerisier, de biens tristes présents mais qui lui font tant plaisir. D’ailleurs, remarquez la très jolie couverture de ce livre, émouvant et magnifique, ces deux mains présentant deux moitiés de grenade gorgée de graines rouges, le plus beau des cadeaux que Nuri a offert à Afra. L’auteure nous transcrit à merveille toutes les couleurs, les senteurs, les odeurs d’épices et de miel, les saveurs de ce pays, tout comme elle transmet l’amour de Nuri pour son épouse, et tout l’amour qu’il porte à ses abeilles dont il sera question tout au long du livre.abeille 1Puis, ce sera la fuite et toutes les épreuves à traverser :  les camps de réfugiés, l’attente, les formalités, les passeurs, les traversées de mers agitées. On s’attache très vite aux personnages de ce roman, à Nuri toujours aux petits soins, plein de douceur pour son épouse, à Mohammed ce petit garçon, jeune orphelin qui accompagnera un temps le couple et qu’il faudra tenter de retrouver…

Christy Lefteri sait très bien de quoi elle parle. Elle a été bénévole dans un camp de réfugiés à Athènes et si les personnages sont fictifs, ce roman est inspiré de faits réels, grâce aux nombreux témoignages glaçants entendus sur place, aux nombreuses rencontres d’émigrés dont un apiculteur qui habitait en Syrie. C’est ainsi qu’au fil des chapitres construits de façon originale, que l’auteure nous livre, sans fioriture et sans être pathétique, ce récit merveilleux qui nous touche en plein cœur !

Une histoire, un parcours qui permet d’ouvrir les yeux et de prendre conscience de la chance que nous avons de vivre dans un pays en PAIX ! Un livre plein d’humanité, un roman absolument fabuleux, émouvant et très enrichissant.

Mais comme le dit si bien le bandeau du livre, c’est :

UNE HISTOIRE D’AMOUR FOU, UNE ODYSSÉE VERS L’ESPOIR.

abeille 1Comme dans ce livre,  il y est question d’abeilles et de miel,  si vous êtes  très attirés par ce liquide jaune d’or dont vous aurez abeille 1certainement l’eau à la bouche, je décline toute responsabilité, quant à votre  éventuelle énorme envie de  consommation, découlant de cette lecture !!..abeille 1Librairie Doucet/M. Christine

Christy Lefteri est née à Londres de parents chypriotes. Elle anime un atelier d’écriture à l’université Brunel. « L’Apiculteur d’Alep« , son deuxième roman, lui a été inspiré par son travail de bénévole dans un camp de migrants à Athènes.

L’Apiculteur d’Alep – 315 pages – prix 20 € (parution mars 2020) – Traduit de l’anglais par Karine Lalechère.

 

Là où chantent des écrevisses – Delia Owens – Éditions du Seuil –

DELIA OWENSAU CŒUR DES MARAIS AMÉRICAINS

Cela vous tente d’aller « Là où chantent les écrevisses ? »  – Bien sûr que oui ! Rassurez-vous, vous ne serez pas déçus du voyage ! D’ailleurs inutile  de vous précipiter dans une agence de voyages pour choisir votre destination puisque le roman de Delia Owens nous emmène en Amérique, dans les marais de la côte de Caroline du Nord, là où demeure Kya, « La fille des Marais » comme l’appellent les habitants de Barkley Cove. Alors, pour connaître la suite,  précipitez-vous sur ce livre  de quatre cent soixante-dix-sept pages, un voyage que vous parcourrez, au prix de 21.50 €, résumé en quelques lignes :

Kya se retrouve livrée à elle-même dans les marais après avoir été abandonnée de nombreuses fois ! D’abord par sa mère, alors qu’elle n’a que sept ans, abandonnée ensuite par ses frères et ses sœurs et peu après, par son père violent et alcoolique. Si bien qu’à l’âge de dix ans, elle se retrouve à vivre seule, dans une espèce de masure délabrée au fond du marais. Ce sera alors la débrouillardise. Elle va devoir apprendre à survivre, se créer une nouvelle famille avec les animaux et les insectes, à vivre en osmose avec la nature, à parler aux mouettes et aux goélands ! Pour l’aider, Jumping un vieux monsieur noir lui achètera sa pêche (des moules et des huîtres) et grâce à sa femme Mabel qui lui fera don de quelques vêtements, permettant à Kya de résister… Puis, une solitude immense s’installe et pèse sur Kya, jusqu’à ce qu’elle se lie  d’amitié avec Tate qui, avec beaucoup de patience, lui apprendra à lire, à découvrir la science, la poésie et à grandir. Elle fera aussi une autre rencontre, celle de Chase…. Deux histoires que l’‘auteur raconte en alternance -allant de 1952 à 1970-  celle de Ma, la mère de Kya et de Chase qui s’entrecroisent. En 1969, deux enfants font la découverte d’un cadavre sous la tour du Guet. Il s’agit de Chase Andrews, un garçon  avec lequel Kya avait sympathisé. Cependant, il faudra bien mener une enquête et trouver qui a pu commettre l’irréparable ? Et puis, Kya, retrouvera-t-elle les siens ? Mais, Chut !

Osez vous aventurer dans ce labyrinthe de bayou, sur le bateau de Kya. La flore et des myriades d’oiseaux vous attendent ! Réalisez ce beau et merveilleux voyage qui défilera tout au long de ces cinquante-sept chapitres ! Vous serez happés et enchantés par ce roman naturaliste et cette belle histoire d’amour ! Franchement c’est fabuleux, plein de poésie et de délicatesse. 

Un livre que vous trouverez au rayon de toutes les bonnes librairies en Littérature étrangère ! Pour tout savoir des secrets de Kya, lisez le premier roman de Delia Owens que vous trouverez certainement très cinématographique, un achat que vous ne regretterez pas.

Librairie Doucet/M.Christine

DELIA OWENS est née en 1949 en Géorgie, aux États-Unis. Diplômée en zoologie et biologie, elle a vécu plus de vingt ans en Afrique et a oublié trois ouvrages consacrés à la nature et aux animaux, tous best-sellers aux USA. « Là ou chantent les écrevisses » est son premier roman. Phénomène d’édition, ce livre a déjà conquis des millions de lecteurs et poursuit son incroyable destinée dans le monde entier. Une adaptation au cinéma est également en cours.

« Un roman à la beauté magique » (The New York Times Book Review) – « Une histoire déchirante, un hymne sublime à la nature et à la solitude ». (Entertainment Weekly)

Ce qu’elles disent – Miriam Toews – Éditions Buchet-Chastel

ce qu'elles disentQUEL DESTIN POUR CES FEMMES DE MOLOTSCHNA ! ?

Seul le diable semblait à l’origine de ces multiples agressions de femmes perpétrées depuis ce petit village d’irréductibles boliviens : la colonie memnnonite* de Manitoba, en Bolivie. Colonie qui doit obéir à des règles strictes, concernant l’habillement et la manière de se soumettre à Dieu. Suivre les préceptes de la Bible tels qu’ils leur sont transmis par leur évêque Peters et appliquées par les hommes de la communauté.  Les hommes s’occupant des bêtes et de la terre. Les femmes, des enfants et des corvées domestiques, contrôlées par des hommes plus âgés et religieux, ….des pratiques dignes du Moyen-Age !

Entre 2005 et 2009, quatre années de violences diabolisées derrière lesquelles avancent masqués les hommes de cette même communauté, époque à laquelle des fillettes de 3 ans et des femmes analphabètes, de cette colonie religieuse ont été victimes de viols répétés,  droguées au moyen d’anesthésiant à base de belladone (utilisé pour les animaux de ferme)  les plongeant dans un profond sommeil.

Les autorités seront alertées, les coupables livrés à la police, ils seront incarcérés dans la prison de la ville. Restées au village, les femmes s’acquittent de leurs tâches quotidiennes. Elles profitent de ce répit, pour tenir une réunion secrète dans un fenil, afin de débattre et décider de leur situation, de leur avenir. Ne s’expliquant qu’en « plautdietsch », ou bas allemand qu’elles sont les dernières à parler, ignorantes pour l’écrire, elles veulent produire un document. La rédaction des débats est assurée par un tiers, August Epp (instituteur et ancien membre de la communauté qui n’est pas perçu comme une menace pour ces femmes). Il  y retranscrit les débats qui les animent, des échanges plutôt âpres mais lucides quant à leur sort qui offre trois possibles issues : 1. Se taire et ne rien faire 2. Rester et se battre 3. Partir.

Et, si aucune issue n’est possible, le simple fait de les évoquer  et d’en débattre, ces échanges permettent de garder espoir, pour une vie meilleure. (Peut-être !.) Mais, comment rester fidèles à leur foi,  à leur dieu, à leurs principes, tout en assurant leur sécurité et celles de leurs enfants ? Ces femmes ont quarante-huit heures pour prendre leur destin en main !.

« Ce qu’elles disent » est un roman dur,  époustouflant, bouleversant inspiré d’un fait réel qui n’est pas sans rappeler « La servante écarlate »

Librairie Doucet/M.Christine 

* les mennonites appartiennent à un mouvement anabaptiste fondé dans la première moitié du XVIème siècle, implanté aux Pays-Bas et aux États-Unis. Miriam Toews s’est inspirée d’un fait divers qui a eu lieu au sein de cette communauté.

Miriam Toews est née en 1964, dans une communauté mennonite de Manitoba, au Canada. Elle est l’autrice de plusieurs romans et a été lauréate de nombreux prix littéraires, notamment du Governor General’s Award. Elle vit au Canada. Ce qu’elles disent est son premier roman à paraître chez Buchet/Chastel, et le troisième à paraître en France après Drôle de tendresse (Seuil, 2006) et Pauvres chagrins (Bourgois, 2017)

Ce qu’elles disent – 224 pages – prix : 19 € (parution 08/2019) – Traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et PaulGagné.

Le joueur d’échecs – Stefan Zweig – La Cosmopolite – Editions Stock

Plus que 4 jours si « dé-confinement » il y a ! Ce sera avec un immense plaisir que l’équipe de la Librairie Doucet vous retrouvera en librairie !

le joueur échec numéro 2Qui est cet inconnu capable d’en remontrer au grand Czentovic, le champion mondial des échecs, véritable prodige aussi fruste qu’antipathique ? Peut-on croire, comme il l’affirme, qu’il n’a pas joué depuis plus de vingt ans ? Voilà un mystère que les passagers oisifs de ce paquebot de luxe aimeraient bien percer. Le narrateur y parviendra. Les circonstances dans lesquelles l’inconnu a acquis cette science sont terribles. Elles nous reportent aux expérimentations nazies sur les effets de l’isolement absolu, lorsque, aux frontières de la folie, entre deux interrogatoires, le cerveau humain parvient à déployer ses facultés les plus étranges. Une fable inquiétante, fantastique, qui, comme le dit le personnage avec une ironie douloureuse, pourrait servir d’illustration à la charmante époque où nous vivons.                                       

joueur échec 3Quand ce texte paraît à Stockholm en 1943, Stefan Zweig, désespéré par la montée et les victoires du nazisme, s’est donné la mort l’année précédente au Brésil, en compagnie de sa femme. La catastrophe des années quarante lui apparaissait comme la négation de tout son travail d’homme et d’écrivain. Le joueur d’échecs est une confession à peine déguisée de cette désespérance.

Pour éviter la déchéance psychique et préserver son mental, le héros de ce roman va disputer avec un adversaire qui n’est autre que lui-même, des parties d’échecs imaginaires sur un échiquier réalisé à partir d’un drap qu’il va quadriller, de la mie de pain pour les pièces blanches, et de la  poussière pour les pièces noires.  Le joueur d’échecs est l’oeuvre d’un auteur, orphelin de sa patrie et de ses idéaux, une réflexion aussi sur le destin de l’Europe et du monde. Un bref roman de Stefan Zweig, d’à peine cent pages mais si intense sur  la résistance à l’oppression qui s’est abattu sur lui et sur son temps.

Livre de poche  – prix : 7,65 € – Étonnants Classiques  GF/Flammarion : prix : 3.70 €

MC/Librairie Doucet 

Parce que les fleurs sont blanches – Gerbrand Bakker – Éditions Grasset

PARCE QUE CE LIVRE EST D’UNE GRANDE HUMANITÉ, D’UNE GRANDE DOUCEUR !

parce que les fleurs sont blanches« Au fait, comment sais-tu que ce sont des poiriers ?… – Parce que les fleurs sont blanches,…. Un instant, vous regardez des poiriers en fleur et l’instant d’après quelqu’un vous dit que votre fils a une splénorragie »….

C’est l’histoire de toute une fratrie, deux jumeaux Klass et Kess et le petit dernier Gerson (des prénoms néerlandais...). Leur mère a quitté le domicile, probablement partie en Italie mais ils n’en savent rien ! Seuls indices, quelques cartes postales lors des anniversaires ou au nouvel an avec laquelle ils ont très peu de contact. Ils vivent avec Gérard, leur papa.  Les enfants s’inventent des jeux  « Et si on jouait à « Noir ? » genre de cache-cache, les yeux fermés, et si par hasard, on ouvre les yeux, on dit : « je sors et je quitte la partie », un jeu qui sera un jeu prémonitoire. Et l’on suivra toute leur enfance, leur fraternité, leurs jeux, leur caractère etc… Une famille très très touchante.

Puis, au milieu du roman alors qu’ils se rendent chez le grand-père paternel, Gérard et Gerson sont à l’avant de la voiture, Kless et Klass à l’arrière avec, au milieu de tous, Daan le chien, le meilleur ami de Gerson, surviendra ce tragique accident. Tout le monde se retrouve à l’hôpital  : bras cassés, contusions, puis Gerson va finir par se réveiller aveugle….  (mais n’en disons pas plus !)

Gerbrand Bakker est un écrivain de tout premier plan aux Pays-Bas, et le succès de « Là-haut, tout est calme » lui a donné une grande notoriété internationale. Publié en français en 2009 chez Gallimard, ce roman a obtenu le prestigieux prix Impac à Dublin, ainsi que le prix Millepages en France. Parce que les fleurs sont blanches est son quatrième roman traduit en français. Traductrice de l’italien et du néerlandais, Françoise Antoine s’occupe également de surtitrage d’opéra. Elle a notamment traduit Margriet de Moor et Walter Siti.

Un joli texte. Un roman d’une grande sensibilité et bouleversant. On rit. On pleure. Mais on aime ! Malgré cette tragédie familiale, c’est un magnifique petit bout de vie qui nous est conté.  Très lumineux. Inoubliable.

« Une prose étrangement calme et envoûtante – comme en apesanteur. » (Le Monde)

« Parce que les fleurs sont blanches » – 211 pages – prix : 18 € – (parution janvier 2020)