Enfant de salaud – Sorj Chalandon – Éditions Grasset –

QU’EST-CE QU’UN ENFANT DE SALAUD ?

« Enfant de salaud » le dernier livre de Sorj Chalandon est avant tout un roman, mais un roman où l’auteur joue tour à tour voire simultanément, son propre rôle de journaliste accrédité auprès de la cour d’assises spéciale afin de suivre à Lyon le procès du criminel nazi Klaus Barbie, mais aussi celui de fils en quête de la vérité sur le passé insaisissable de son père sous l’occupation.

Bercé le soir avant de s’endormir, par les récits de ce père sur sa guerre, le petit garçon qu’est alors l’auteur le considère comme un héros : poseur de bombe dans un cinéma allemand, ami de Jean Moulin… Mais un jour son grand-père paternel, en colère, lui glisse : « J’ai vu ton père en uniforme allemand. Tu es un enfant de salaud. » Tout cela, à l’occasion du procès Barbie revient à l’esprit de l’auteur qui réussit grâce à un ami à obtenir le dossier pénal de son père, lequel dévoile qu’il a bien été condamné et envoyé en prison à la Libération !…

S’ensuit alors une confrontation en marge du procès Barbie, qu’ils suivent tous les deux, entre ce fils et ce père manipulateur, dont on ne sait jamais quand il dit vrai et qui aura endossé successivement l’uniforme français, allemand et même celui de résistant !

Déserteur plus d’une fois ! Echappant miraculeusement au peloton d’exécution qui est-il vraiment ? Est-ce que cela suffit à en faire un « enfant de salaud » ? et qu’est-ce qu’un « enfant de salaud » ?

C’est remarquablement construit et écrit, c’est à la fois déroutant, émouvant, terrible et passionnant ! Rien d’étonnant qu’il soit sur la liste pour le Goncourt 2021, mais jugez-en par vous-même, vous ne le regretterez pas !

Librairie Doucet Le Mans/Hubert

Après trente-quatre ans à Libération, Sorj Chalandon est aujourd’hui journaliste au Canard enchaîné, Ancien grand reporter prix Albert-Londres (1998), il est l’auteur de neuf romans, tous parus chez Grasset, « Le Petit Bonzi » (2005), « Une promesse » (2006, prix Médicis), « Mon traître » (2008), « La Légende de nos pères » (2009), « Retour à Killybegs » (2011) Grand prix du roman de l’Académie française). « Le Quatrième Mur » (2013), prix Goncourt des lycéens), « Profession du père », (2015), « Le jour d’avant » (2017) « Une joie féroce » (2019).

Enfant de salaud – 336 pages – prix : 20.90 € (parution le 18/08/21)

Le Fils du professeur – Luc Chomarat – Editions La Manufacture de Livres –

UN RETOUR EN ARRIÈRE QUI FAIT DU BIEN !

« Mes parents, j’avais l’impression de les connaître comme si je les avais faits. Cette jeune femme très Nouvelle Vague, cinquante de tour de taille, des dents blanches et bien alignées, grande douceur un peu triste, c’était ma maman. L’autre, si grand que la plupart du temps je ne savais pas trop à quoi il ressemblait là-haut, une voix qui descendait d’entre les nuages, c’était le professeur. Mon papa. » (p.17)

Pour cette rentrée littéraire, Nathalie avait envie de nous offrir une petite bouffée de fraîcheur et de douceur, un retour dans la France des années cinquante-soixante-dix, d’autant plus qu’avec ce titre « Le Fils du professeur », cela s’impose !.

Ce livre raconte –peut-être l’enfance de l’auteur, on ne sait pas trop– En tout cas, le narrateur nous déroule son enfance depuis ses plus lointains souvenirs de maternelle jusqu’à ses dernières années de lycée. Cette période se déroule effectivement dans la tranche des années 60-70. Sa famille a vécu dans l’Algérie Française et ont été rapatriés au moment des évènements. Ils vivent à Saint-Etienne. C’est très digne. Ce qui est drôle (sans dévoiler nos âges !) tout ce qui se déroule dans le livre est raconté avec beaucoup de délicatesse et réveillent en nous plein de souvenirs. C’est pas un constat : « c’était mieux avant ». C’est simplement, je vous raconte comment cela s’est passé, l’atmosphère des années soixante/soixante-dix. Et ce n’est pas que cela parce que c’est aussi grandir, l’auteur nous raconte le passage de l’enfance à l’âge adulte de ce jeune garçon. Comment devient-on adulte auprès de ce père, un intellectuel qui veut absolument que son fils lise des livres sérieux alors que celui-ci ne lit que des bandes dessinées. C’est aussi une plongée à l’école de l’époque (les copains, la cour de récré….) – Il y a des choses qui m’ont fait rire : le « T » de techno, cette règle en « T » qu’on balade partout mais qui est encombrante et qui ne sert à rien ! – « La Peugeot 103 » – L’équipe de Saint-Etienne – « L’épopée des Verts » – Il dit également « quand on est un garçon, le foot, c’est pas une option comme le latin ou le grec, vraiment indispensables pour s’intégrer »…, C’est aussi la cousine dont on est toujours un peu amoureux.

C’est raconté avec tendresse et bienveillance. Une nostalgie qui vous donne le sourire, qui vous fait du bien. C’est une enfance loin des réseaux sociaux et de tout ce que nos jeunes peuvent connaître aujourd’hui.

Un très joli roman de cette rentrée littéraire !

Nathalie de la Librairie Doucet/M-Christine

Luc Chomarat a publié à vingt-deux ans son premier roman qui lui a valu de figurer sur la liste du Magazine littéraire des auteurs les plus prometteurs. Egalement traducteur de Jim Thompson, il s’illustre d’abord dans la littérature noire et reçoit le Grand Prix de littérature policière pour son roman « Un trou dans la toile » en 2016 (Rivages). Il a publié « Le Polar de l’été » (2017) puis « Le dernier thriller norvégien » (2019) à La Manufacture de livres.

Écoutez Nathalie en compagnie de Fabien Obric sur France Bleu Maine en cliquant ici ! (émission du mardi 24 août)

Le Fils du professeur – 264 pages – prix : 19 € – (paru le 19/08/21)

Anatomie d’un mariage – Virginia Reeves – Editions la cosmopolite – Stock

BOULEVERSANTE EXPLORATION D’UN MARIAGE ! (4)

Page, la revue des Libraires, nous propose la superbe chronique de Linda Pommereul de la Librairie Doucet au Mans, à propos du livre « Anatomie d’un mariage »

Un livre bouleversant de Virgina Reeves sur la fragilité des apparences et des espoirs déçus. Un roman qui explore toutes les nuances et les contradictions qui font de l’amour l’inépuisable source de tous les tourments.

Certaines lectures résonnent comme des chants. Des lectures où l’on a du mal à dire au revoir aux personnages. Et même si l’histoire est sombre, on se laisse bercer par celle-ci. 

Anatomie d’un mariage de Virginia Reeves, comme son précédent roman Un travail comme un autre (Stock et Le Livre de Poche – prix Page/America 2016), la font entrer d’emblée dans le cercle de ces grands conteurs d’histoires portées par des personnages en équilibre, fragiles malgré leurs certitudes, tellement humains.

Des romans qui auscultent des vies ordinaires avec une vivacité d’esprit proche d’Alison Lurie ou de Philipp Meyer. Edmund Malinowski, jeune psychiatre comportementaliste, est sur le point de réaliser son rêve. À 36 ans, il vient de prendre la direction d’un établissement psychiatrique dans le Montana. Un déménagement qui oblige sa compagne Laura à mettre ses activités en suspens pour le suivre. Pour la convaincre, il lui promet d’être davantage présent et de fonder une famille. Malgré la promesse de ce bonheur parfait, la réalité est tout autre. Ed s’absente de leur vie chaque jour un peu plus, aveugle au sentiment d’abandon qui grandit chez Laura. Sentiment d’être invisible, en exil. Elle demande à Edmund de la regarder, de lui prouver qu’elle existe. D’autant plus quand elle constate que son mari est attiré par une jeune patiente, Pénélope, charmé par son intelligence et sa sensibilité. Prise au piège de sa jalousie, Laura s’enferme dans le désespoir et la colère, jusqu’à garder secret ce qu’elle ressent, au point de feindre ses émotions, étrangère à elle-même. Chacun remarque les changements mais ne sait pas comment modifier son attitude. Pourtant Ed et Laura ne peuvent plus se contenter de fermer les yeux en  attendant que les choses s’arrangent d’elles-mêmes. La crise est inévitable.

Lu et vivement conseillé par Linda Pommereul Librairie Doucet (Le Mans)

Virginia Reeves enseigne la littérature, l’écriture et la communication à l’Université d’Helena dans le Montana. Son premier roman « Un travail comme un autre » (Stock, 2016) a reçu le prix Page/America.

« Anatomie d’un mariage » – 430 pages – prix : 22.90 € – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau

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Les beaux mariages – Édith Wharton – Éditions Les Belles Lettres

AH ! CES BEAUX MARIAGES (3)

« Il était caractéristique de sa part de garder de ses échecs un souvenir aussi aigu que de ses triomphes, et un désir passionné de les “rattraper”, qui comptait toujours parmi les motifs obscurs de sa conduite. Elle avait enfin ce qu’elle voulait – elle avait conscience de posséder “ce qu’il y avait de mieux” ; et parmi les autres sensations, plus diffuses, l’adoration de Ralph lui procurait le plaisir raffiné qu’aurait pu connaître une reine guerrière portée en triomphe par les princes vaincus, et lisant dans les yeux de l’un d’eux la passion qu’il n’eût pas osé exprimer. »

Ondine Spragg s’ouvre les portes de l’aristocratie new-yorkaise grâce à son mariage avec Ralph Marvell. Son ambition l’amène à divorcer et à se lancer à la conquête des hommes susceptibles de lui apporter tout ce qu’elle désire, c’est-à-dire l’amusement mais aussi la respectabilité. Si elle échoue face au banquier Peter Van Degen, elle va trouver une nouvelle victime en la personne du Marquis de Chelles, grâce à qui elle va – espère-t-elle – trouver une place de choix dans le monde du Faubourg Saint-Germain. Mais c’est vers Elmer Moffatt, un ami d’enfance auquel elle avait été mariée secrètement, qu’elle finira par revenir et en compagnie duquel elle trouvera le bonheur.


Les qualités d’analyse de la grande Edith Wharton font merveille dans cette vaste fresque qui dépeint une classe à l’agonie dans ce monde du XXe siècle en pleine formation, et tracent avec une talentueuse audace le portrait d’une femme moderne.

Edith Wharton est issue d’une vieille famille de la grande bourgeoisie new-yorkaise. À partir de 1906, elle choisit la France pour patrie d’adoption et partage sa vie entre son appartement de la rue de Varenne à Paris, sa maison de campagne de Saint Brice-la-Forêt (Seine-et-Oise) et sa villa d’Hyères (Var). Après l’échec de son mariage, elle publie en 1905 son premier roman, « Chez les heureux du monde », et reçoit quinze ans plus tard le prix Pulitzer (première femme a recevoir ce prix) pour « Le Temps de l’innocence ». Amie d’André Gide et Paul Bourget, elle devient bientôt le peintre averti et plein d’ironie d’une aristocratie new-yorkaise moribonde en proie à la montée de l’affairisme.

Edith Wharton née en 1862, elle meurt en 1937, laissant pour testament une quarantaine de romans et de nombreux recueils de nouvelles et de poèmes dont notamment « Les Metteurs en scène », « Ethan Frome », « Été » considéré par Joseph Conrad comme le plus beau roman d’Edith Wharton. Amie et confidente de Henry James, elle a écrit un grand nombre de romans et de nouvelles dont la modernité continue de surprendre. Après avoir passé sa vie à Paris et à Hyères, c’est à Saint-Brice-la-Forêt qu’elle est inhumée (Val d’Oise).

(Promenade au bord de la mer 1909 – huile sur toile.

Joaquin Sorolla – Musée Sorolla. Madrid)

Edith Wharton est une immense écrivaine et une référence américaine. C’est surtout une des premières femmes avec G. Eliot qui va montrer aux femmes le chemin de la liberté et qui va prendre sa place en littérature comme Jane Austen. D’ailleurs, il y a eu des films qui ont été tournés à partir de ses livres et qui sont absolument sublimes.

LIBRAIRIE DOUCET LE MANS/M-Christine

« Les beaux mariages » – 576 pages – prix : 15 € – Traduit (anglais) par Traduction SUZANNE V. MAYOUX – (parution 2018) Belles Lettres – Domaine Etranger dirigé par Jean-Claude Zylberstein.

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American Dirt – Jeanine Cummins – Éditions Philippe Rey

QUEL PÉRIPLE et QUEL COURAGE ! UNE TRAQUE HALETANTE !

Dès les premières pages et durant 540 pages vous serez happés(ées) jusqu’à la fin ! – Et comme à chaque chapitre, vous aurez envie de connaître la suite, vous le lirez très vite ! Vous ne pourrez pas lâcher ce superbe livre.

Nous partons à Acapulco, au Mexique haut lieu des cartels de la drogue. Lydia est libraire et mène une vie paisible et tranquille. Elle a un fils, Luca âgé de huit ans. Son mari, Sébastian est un brillant journaliste d’investigation. Lydia adore son métier de libraire. Elle sympathise avec Javier, un homme lettré qui fait partie de ses fidèles lecteurs. La famille de Lydia s’apprête à fêter l’anniversaire d’une nièce autour d’un barbecue. Par un puissant cartel, seize personnes de la famille présentes au moment des faits seront la cible de tireurs et seront décimées. Un règlement de compte avec le journaliste, suite à un article de presse.

Miraculeusement, Lydia sera la seule survivante de ce massacre avec son fils. Auparavant, elle avait identifié que Javier, cet ami de la librairie était le « Jefé » du cartel et son mari venait de la prévenir.

Elle avait tout intérêt à s’enfuir rapidement, avec méfiance, sans se faire remarquer car les cartels de la drogue s’infiltrent dans tout l’ensemble du Mexique et peuvent toujours la repérer, la rattraper, il faut échapper au pire.

Et c’est surtout cette fuite extraordinaire que nous allons suivre car Lydia et son fils prennent la direction de El Norte. Son idée, rejoindre les groupes de migrants et tenter de gagner les Etats-Unis, via Denver où vit un oncle. Il faut faire vite, quelques vêtements dans un sac à dos, et suffisamment d’argent puis se faire discrets, se méfier de tout le monde et surtout passer inaperçus. Il faudra grimper sur les toits de la « Bestia », ces trains de la mort empruntés par les migrants au Mexique. Il faudra grimper à l’échelle, ou sauter depuis un pont sur les toits de ces trains de marchandises et puis survivre avec la peur au ventre en permanence.

On sera chaque heure, chaque jour à leurs côtés. Même si le thème de ce livre est dur, dans ce monde de violence on y fera aussi de belles rencontres, la rencontre de jeunes femmes honduriennes extraordinaires, également en fuite. Il y aura de la solidarité, de l’entraide, du partage, beaucoup d’espoir et d’amour. L’amour de cette mère prête à tout pour protéger son fils.

Un livre remarquable sur l’exil, sur les migrants vraiment bien écrit. Un récit poignant et bouleversant. Un livre qui nous oblige à regarder la réalité des choses, sur ce qui se passe de nos jours.

Librairie Doucet Le Mans/Marie-Christine

Lu et conseillé par Marie-Adélaïde, Linda.

American Dirt – 542 pages – prix : 23.00 € (parution : 20/08/20) – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) – par Françoise Adelstain et Christine Auché.

Jeanine Cummins vit à New-York. Elle a publié trois romans, dont « American Dirt » est le premier traduit en français.

KEROZENE et LA VRAIE VIE – Adeline DIEUDONNÉ- Éditions L’Iconoclaste

Une station-service, une nuit d’été, dans les Ardennes.

Présentation :
« Sous la lumière crue des néons, ils sont douze à se trouver là, en compagnie d’un cheval et d ‘un macchabée. Juliette, la caissière, et son collègue Sébastien, marié à Mauricio. Alika, la nounou philippine, Chelly, prof de pole dance, Joseph, représentant en acariens… Il est 23 h 12. Dans une minute tout va basculer.
Chacun d’eux va devenir le héros d’une histoire, entre elles vont se tisser parfois des liens. Un livre protéiforme pour rire et pleurer ou pleurer de rire sur nos vies contemporaines.
Comme dans son premier roman, La Vraie Vie, l’autrice campe des destins délirants, avec humour et férocité.
Les situations surréalistes s’inventent avec naturel, comme ce couple ayant pour animal de compagnie une énorme truie rose, ce fils qui dialogue l’air de rien avec la tombe de sa mère, ou encore ce déjeuner qui vire à l ‘examen gynécologique parce qu’il faut s’assurer de la fécondité de la future belle-fille. Elle ne nous épargne rien, Adeline Dieudonné : meurtres, scènes de sexe, larmes et rires. Cependant, derrière le rire et l’inventivité débordante, sa lucidité noire fait toujours mouche. Kérozène interroge le sens de l’existence et fustige ce que notre époque a d ‘absurde. »

Dans « Kerozène », ce deuxième livre, Adeline Dieudonné change complètement de registre avec toute une galerie de personnages dont les histoires, assez courtes, parfois loufoques se déroulent dans une ambiance très étrange et bien particulière. Des moments qui reflètent des bouts de vie cruels et cyniques de la société contemporaine. Entre serial killer et alcooliques on y rencontre des scènes parfois comiques, parfois déjantées qui déclenchent rires ou sourires. Une fiction volontairement farfelue.

Un deuxième roman bien différent de « La Vraie Vie » (voir ci-dessous).

KEROZENE – 257 Pages – prix : 20 €

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Et, vous vous souvenez certainement, de son premier roman qui avait obtenu le prix Renaudot des lycéens. C’était en 2018 déjà ! Adeline Dieudonné publiait :

« LA VRAIE VIE« 

Dans le quartier de l’héroïne, il y avait une cinquantaine de maisons dont celle de la narratrice, une maison dans le quartier de la « Demo » que le père appelait « la démoche« . Dans cette maison, il y avait quatre chambres dont la chambre des cadavres, le bois des Petits Pendus. J’avais 10 ans (une petite fille qui n’a pas de prénom) et mon frère, Gilles en avait 6 ! A la suite d’un accident, le glacier ne viendra plus dans le quartier. Ma mère, « une amibe » sans créativité, sa mission essentielle préparer les repas qui lorsqu’ils n’étaient pas au goût de monsieur, l’atmosphère devenait inquiétante et la violence montait. Mon père, travaillait dans un parc d’attractions, il était chasseur de gros gibier. Ses deux passions : la télé et son whisky ! Un homme, un bourreau qui frappe sa femme et qui terrorise ses enfants. Et, dans ce milieu, l’héroïne qui veut devenir Marie CURIE tentera d’apporter un peu de lumière. Son principal but, redonner le sourire à son jeune frère. Elle va tout faire pour remonter le temps, afin que tout redevienne comme avant. A la suite de ce drame accidentel, elle veut sauver son petit frère qui torture les animaux et qui est devenu mutique.

Et avec ce premier roman, l’auteure avait obtenu le prix Renaudot des lycéens 2018 puis d’autres nombreux prix…

Lu et conseillé par Marie-Adélaïde, Linda, Nathalie.

Librairie Doucet Le Mans/M.Christine

« LA VRAIE VIE » – 263 pages – prix : 17 € (parution 29 août 2018)

Adeline Dieudonné est née en 1982 à Bruxelles, où elle habite aujourd’hui. Son premier roman, « La Vraie Vie », a été un véritable phénomène : plébiscité par 300 000lecteurs, traduit en 21 langues, adapté au théâtre, il a reçu de nombreux prix dont le Prix du roman Fnac, le Grand Prix des lectrices de Elle, le prix Renaudot des lycéens, le prix Première Plume, le prix Rossel et le prix Filigranes.

Florida -Olivier Bourdeaut – Éditions Finitude –

Portrait bouleversant d’une jeune fille en pleine révolte, après une enfance volée…

QUE RACONTE « FLORIDA » ?

D’abord Olivier Bourdeaut ! Vous avez tous entendu parler de lui. Il avait écrit ce livre au titre phénoménal :

« En attendant Bojangles«  un premier roman, un premier coup de maître !.

« Florida », c’est un texte que j’ai lu en apnée, d’une seule traite. On est loin de la douceur. On est dans un roman noir, dur, acide… Il s’agit d’un texte qui va nous parler des mini miss. Vous voyez ce que c’est ces mini-miss, aux États-Unis et tous ces concours pour les petites filles de six, sept ans. Alors, on avait la version « Little miss sunshine ». Là, on est dans l’envers du décor.

Imaginez une famille : papa, maman, leur petite fille, Elizabeth. Un jour, sa maman lui dit : « Tu es plutôt jolie, tu n’es pas trop bête » et là, sa vie bascule ! Parce que sa mère va l’emmener de concours en concours et c’est comme une drogue. La première fois, elle arrive sans trop de préparation et elle gagne !. Elle rafle le premier prix et après ça, on la présente à tous les concours, toutes les exhibitions en espérant gagner et elle finit toujours seconde. Donc, sa mère va toujours plus loin, plus de coiffeur, plus de dentiste pour blanchir les dents, plus d’épilation pour arranger la ligne des sourcils. Elles se transforment un peu en poupées finalement ! – Elles deviennent des poupées trop sexy, trop femmes… (On parle de petites filles de sept ans !). Puis, on va voir comment cette femme va, à la fois se prendre pour sa fille, à la fois aller au-delà de son rôle de mère et lui faire vivre un enfer.

Ce texte est sur la vengeance d’une petite fille. Quel est son moyen pour se venger ? – C’est utiliser son corps. C’est punir sa mère à travers son propre corps en se faisant souffrir, allant de la prise de poids à l’anorexie mais surtout ce qui est incroyable, ce texte va encore beaucoup plus loin, avec cette jeune fille.

C’est passionnant ! On va la suivre jusqu’à ses 19 ans. C’est une fille, une femme qui va tomber dans des délires de culturisme et de bodybuilding et là, toujours plus loin, toujours plus d’efforts, toujours plus de transformation pour traquer ce petit muscle nouveau qui n’apparaissait pas encore !.

C’est bluffant ! Ça fait réfléchir. C’est traité d’une manière exceptionnelle. Les mots…, l’écriture est sèche, l’écriture est factuelle et vous avancez en compagnie de cette Elizabeth Vernn que vous n’êtes pas prêts d’oublier ! Jusqu’où va-t-elle aller ? Peut-être trop loin. Ça, vous le découvrirez en lisant ce texte ! Et surtout, surtout Lisez-le, c’est absolument fabuleux !

Marie-Adélaïde de la librairie Doucet/M. Christine

Écoutez Marie-Adélaïde sur France Bleu Maine en compagnie de Delphine Séveno, en cliquant ici ! mission du 30 mars 21)

Olivier Bourdeaut est né en 1980. Son premier roman « En attendant Bojangles » paru en janvier 2016 aux Éditions Finitude, est récompensé la même année du prix France Culture Télérama, du grand prix RTL Lire, du prix Emmanuel Roblès et du prix Roman France Télévisions.

« Florida » – 256 pages – prix : 19 € (parution le 04/03/21)

La familia grande – Camille Kouchner – Éditions du Seuil (cadre rouge)

« Souviens-toi maman, nous étions tes enfants »

Marie-Adélaïde a un bel ouvrage à nous présenter ! Un ouvrage qui est relativement décrié depuis quelques jours avec la parution du livre :

« La familia grande » de Camille Kouchner*

Un livre qui fait beaucoup beaucoup de bruit ! Le livre de Camille Kouchnertout d’abord, je remonte le temps– En septembre, les représentants qui viennent dans nos librairies nous disent : « j’ai un livre, il est publié sous « X », je ne peux vous donner ni l’auteur, ni le titre, ni ce que c’est. Mais, ça va être une « bombe »… C’est un texte fort, c’est un texte engageant ! – Alors là, en tant que libraires, vous vous dites, « waouh ! » Combien dois-je prendre d’exemplaires ? Beaucoup ? Pas beaucoup ? (Une vraie prise de risques…) Le représentant était tellement ému, tellement touché par ce texte que j’y ai cru et j’en ai pris beaucoup…. Bien m’en a pris, le livre est arrivé ! A sa sortie, je ne l’avais pas lu. Je n’ai pu le lire que le soir et là, j’ai été stupéfaite !

Nous ne sommes pas dans un texte de voyeuriste, nous ne sommes pas dans un texte revanchard. Nous sommes dans un texte d’une intimité parfaite, d’une sobriété excellente. Ce texte raconte la souffrance. Ce texte raconte un milieu, les années 80-90, une intelligentsia qui se retrouvait, qui partageait beaucoup de points communs intellectuels, de grandes discussions, beaucoup d’amitié et il faut le dire, un sentiment de supériorité, un sentiment qui disait : « Il est interdit d’interdire », c’est complètement rétrograde… Nos enfants doivent être libres ! A tel point que ces parents, ceux qui en avaient l’autorité ont perdu à l’esprit, le fait que leur liberté s’arrêtait là où commençait celle de leurs enfants, et ils ont perdu le sens de la responsabilité, ils ont perdu le sens de leurs devoirs.

C’est un texte dur. C’est un texte qui juge. Un texte qui juge une mère qui a failli, mais qu’on aime toujours et c’est un texte sur ces jumeaux (garçon-fille) qui se sentent coupables, coupables de dénoncer un homme qu’ils ont beaucoup aimé –pour ces deux jumeaux– et aussi pour Camille Kouchner puisqu’elle savait et par sentiment de devoir envers cet homme à qui elle devait tout, parce que c’était le beau-père extraordinaire ! Elle n’a pas parlé. C’est une double punition. Ils ont souffert, souffert dans leur chair pour ce garçon, souffert dans ce sentiment pour cette jeune fille qui n’a rien dit !.

C’est magnifique ! J’espère que c’est un livre qui libère, mais j’espère qui soigne également… Qu’il permettra à d’autres personnes d’oser parler parce que je crois que le nœud du problème est là ! Il faut oser parler, même si les personnes qui ont fait ça ont souvent l’autorité !

Quentin : « La familia grande« , on pourrait en parler longtemps car on sent Marie-Adélaïde, vous êtes plongée dedans!

M.Adélaïde : Oui ! Je pense que c’est un livre très touchant. C’est un livre très bien écrit, dans la retenue et je pense que c’est important que de tels ouvrages existent.

Écoutez Marie-Adélaïde sur France Bleu Maine, en compagnie de Quentin Enée – (émission du 19 janvier)

Marie-Adélaïde/MC

*Camille Kouchner, 45 ans, est maître de conférences en droit. La Familia grande est son premier livre.

La familia grande – 208 pages – prix : 18 € – (publié le 05/01/21)

L’ ANOMALIE – Hervé LE TELLIER – Éditions Gallimard – Prix Goncourt 2020

Pour fêter avec nous sa distinction, (dans le respect des règles sanitaires) Hervé LE TELLIER sera à la Librairie Doucet pour une dédicace devant la librairie SAMEDI 19 DÉCEMBRE de 15h à 18 h

Le prix GONCOURT  a été attribué le 1er décembre, lors d’une visioconférence à :

Hervé LE TELLIER** pour « L ANOMALIE » (Gallimard).

Nous allons parlé de prix aujourd’hui !

MAD : Vous savez c’est toujours dans la tradition. La rentrée littéraire démarre fin août début septembre et la période des prix arrive assez tôt, même toujours un peu plus tôt, sauf que cette année, toutes les Académies, le Goncourt, le Renaudot ont décidé de soutenir les librairies qui étaient fermées et de décaler la remise des prix pour que ces ventes ne soient pas exclusivement sur des plateformes numériques ! C’est pour cela que le grand prix du roman de l’Académie française vient d’être attribué (26 novembre). Le prix Goncourt, seulement hier (30 novembre) avec le prix Renaudot dans la foulée et nous attendons demain (le 2 décembre) le prix Goncourt des lycéens. Donc, nous arrivons demain à la conclusion de cette période des prix et puis de ces récompenses importantes parce que, pour les auteurs ça change beaucoup en terme de tirages, de nombres de livres vendus.

MB : Cette cuvée 2020 est-elle intéressante et accessible ?

MAD : Cette cuvée 2020 est très intéressante pour les différents grands prix qui ont été attribués. Oui, c’est une très bonne cuvée pour le moment je n’ai rien à dire, j’adhère ! – la quantité des livres, les choix.. Nous avons eu une très bonne rentrée littéraire. On a savouré et je reconnais que tous ces prix ont été donnés à des livres qui sont intéressants, grand public dans des genres très différents : – Marie-Hélène LAFON qui a eu le prix Renaudot et Serge JONCOUR le prix Femina, vont nous parler de nature, nous parler de racines. On va avoir, avec Chloé DELAUME qui a obtenu le prix Médicis, quelque chose qui tourne autour de l’intimité de la femme de 45 ans, sa place sur le marché de la séduction. On est vraiment dans quelque chose de concret, avec Hervé LE TELLIER pour « L’Anomalie » qui vient d’obtenir le prix Goncourt, on est sur un roman grand public, populaire qui peut séduire tout le monde, parce que tous les genres sont représentés dans un seul roman. Avec le prix de l’Académie française« La grande épreuve » d’Étienne de Montety, il s’agit d’un texte malheureusement d’actualité brûlante, sur l’engagement, pour le Bien et pour le Mal. On va voir avec les problèmes de radicalisation et d’excès. Je pense que nos livres, nos prix de cette année collent à l’actualité, collent à nos problèmes, collent à nos questions. On verra l’année prochaine, si l’on n’a que des titres sur la COVID et la pandémie !

MB : Alors, Marie-Adélaïde, la question difficile, s’il ne fallait en choisir qu’un seul parmi les prix, lequel devrait-on choisir ?

MAD : Oh là là, horrible question, que la question est dure ! Bon, j’avais un chouchou depuis le début. Je suis très heureuse qu’il ait gagné ! C’est « L’ Anomalie » de Hervé LE TELLIER, qui est publié chez Gallimard et qui a eu le prix Goncourt. Ce livre m’a transporté de joie. Et quand on parle d’un livre jubilatoire, c’est ça ! Vous le lisez le sourire aux lèvres parce que, ce que j’apprécie dans un texte comme celui-ci, c’est qu’il me fait rire, il me fait réfléchir ! On se pose des questions philosophiques, religieuses et puis il aborde un sujet qui est incroyable que j’ai peu lu ! Que se passe-t-il Maxime, qu’est-ce qui vous arriverez Maxime, si un beau jour, en rentrant chez vous, vous tombez sur un autre Maxime ? Il vous ressemble comme deux gouttes d’eau, il a les mêmes souvenirs, il a fait les mêmes choses, il connaît tout de vous, et vous, tout de lui… La seule différence c’est que vous avez trois mois d’écart. Il y en a un qui est en avance de trois mois et l’autre est en retard de trois mois. Ça vous permet peut-être de réparer des erreurs, ça vous permet peut-être de défaire les choses, ça vous permet peut-être de profiter d’une célébrité ! C’est absolument génialissime.

Et ce roman conjugue tous les genres littéraires : le roman d’amour, le témoignage, le roman de société, le polar, l’anticipation, c’est incroyable. Vraiment un grand grand coup de chapeau à Hervé LE TELLIER. BRAVO à Hervé LE TELLIER !

**Hervé LE TELLIER, 63 ans, mathématicien de formation et ancien journaliste, et président de l’association de l’Oulipo (ouvroir de littérature potentielle), a obtenu huit voix contre deux pour « L’Historiographe du royaume » de Maël Renouard.

« L’ANOMALIE » 336 pages – prix : 20 € – parution 20/08/20

Écoutez Marie-Adélaïde en compagnie de Maxime Bonhomet, sur France Bleu Maine, en cliquant ici !

Marie-Adélaïde de la librairie Doucet/M.Christine

L’Intimité – Alice Ferney – Éditions Actes Sud –

Alice Ferney, une très très grande dame de la littérature qui nous a fait l’honneur de venir à notre rencontre ce week-end dernier, lors de l’animation « Faire Lire ». Alice Ferney excelle pour tout ce qui concerne les zones d’ombres de nos comportements. Elle sait très bien analyser avec beaucoup de finesse nos attitudes, nos réactions. Elle commence – dans ce livre qui m’a épatée et qui est un vrai livre de société– par aborder énormément de sujets qui nous concernent en ce XXIè siècle, au sujet du couple, au sujet de l’amour, au sujet de la maternité et bien évidemment de la paternité. Ça démarre comme un conte de fées : Dans un bel immeuble haussmannien, à Paris, Alexandre et Ada. Ada a un ventre tout rond. Ils confient le petit Nicolas à leur voisine et Ada part accoucher. Ça pourrait être formidable et le retour trois jours après, sauf que rien ne se passe comme prévu, comme quelques femmes, encore de trop nombreuses femmes aujourd’hui, Ada va mourir en accouchant. Ils vont pouvoir sauver cette petite fille qui s’appelle Sophie et Alexandre va rentrer avec son bébé chez lui. Vous imaginez le drame ! Cette petite fille va être élevée par son papa, mais comme Alice Ferney ne nous épargne rien, nous apprenons que Alexandre et Ada ne sont pas mariés et que Nicolas est le fils d’un premier mariage dont Alexandre n’a absolument pas la garde. C’est un thème très fort sur la maternité, sur les couples, sur la famille. Comment construire cette famille en cas de choc. Mais on va aller beaucoup plus loin que cela, puisqu’elle nous prend par la main pour aborder des sujets comme la recherche de l’autre sur les réseaux sociaux. Comment ce papa va s’en sortir ? Comment il va essayer de retrouver une compagne et puis si, compagne il retrouve, quel est l’état d’esprit de cette compagne. On va rencontrer avec une femme très brillante. Elle s’appelle Alba. Elle est très intelligente mais elle va très loin dans sa démarche. Elle fait partie de ces gens qui prônent l’asexualité, c’est-à-dire, aucune relation sexuelle, même si l’amour est là. Sauf que cette femme désire un enfant. Comment faire ? Et là, nous abordons un sujet très fort, très poignant. Alice Ferney ne juge pas, Alice Ferney nous donne toutes les billes pour que nous prenions notre propre responsabilité et que nous fassions nos propres choix puisque, bien évidemment nous allons parler de GPA (gestation pour autrui) et de mères porteuses. A t-on le droit d’acheter un ventre si on veut vivre soi-même une relation sexuelle qui s’apparenterait à un viol ? Que dire de la femme qui va être inséminée ?

C’est très fort. Ce sont des sujets vraiment de notre époque et c’est intéressant d’en parler ouvertement avec une femme aussi talentueuse qu’Alice Ferney. Un livre pour se poser aussi, puis réfléchir à la question. Et ça fait beaucoup de bien !

Marie-Adélaïde/MChristine

L’Intimité – 356 pages – prix : 22 € (parution 19/08/20)

Alice Ferney est l’auteure de : Le Ventre de la fée (1993) – L’élégance des veuves (1995) – Grâce et Dénuement (1997) prix culture et Bibliothèque pour tous – Dans la Guerre (2003) – Les autres (2006) – Paradis conjugal (2008) – Passé sous silence (2010) – Cherchez la femme (2013) – Le règne vivant (2014) – Les Bourgeois (2017) prix Histoire du roman historique – toujours publiés chez ACTES SUD.

Écoutez Marie-Adélaïde Dumont de la librairie Doucet en compagnie de Delphine Seveno, sur France Bleu Maine, en cliquant ici !