Les Animaux malades de la peste – Jean de La Fontaine… vus par Leïla Slimani (Magazine Lire de février 2018) et Sylvain Tesson (France Inter)

Enfin ! Plus que 3 jours  avant le « dé-confinement »  C’est avec un immense plaisir que l’équipe de la Librairie Doucet vous retrouvera en librairie lundi 11 mai !

Leila Slimani s’est plongée dans ses souvenirs d’enfance et dit : « A mes yeux, ce texte relève du pur génie. Sur le plan du style, c’est un véritable chef-d’oeuvre de rythme de beauté et de poésie. Sur le fond, la critique sociale est d’une finesse incroyable et d’un grand humour aussi. Critique de l’arbitraire, du pouvoir absolu, critique de la superstition, mais aussi de la servitude volontaire. Certaines phrases de cette fable sont d’ailleurs devenues des expressions consacrées tant elles résument avec force une vérité éternelle. J’ai lu ce conte pour la première fois lorsque j’avais une dizaine d’années. Je vivais au Maroc, sous le règne de Hassan II, un monarque de droit divin connu pour sa violence et même sa cruauté. J’habitais à Rabat où existait un véritable système de cour et les courtisans ressemblaient fortement au bestiaire de La Fontaine. Ce qu’il racontait m’était alors étrangement familier. Et j’en étais fascinée. »PORTRAIT LAFONTAINELes animaux malades de la peste Jean de La Fontaine -Les fables Recueil II, livre VII

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste [puisqu’il faut l’appeler par son nom]
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
– Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints. L’Âne vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Quant à Sylvain Tesson sur France Inter, il  cite aussi la fable de La Fontaine  : « Les animaux malades de la peste », où l’on voit les animaux s’adonner à toutes sortes de procès, pour chercher des coupables. « Cela révèle toutes nos mauvaises passions, la peur, la jalousie, l’envie, l’amertume. » (lors du Grand Entretien du 20 mars 2020 sur France Inter avec Léa Salamé et Nicolas Demorand)

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Toute l’équipe de la librairie vous souhaite un excellent dernier week-end de dé-confinement et vous encourage à rester prudents, encore pendant de très longues semaines, vous suggérant d’appliquer toutes les règles de distanciation sociale pour rester en pleine forme !

Librairie Doucet/MC

 

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