Canoës – Maylis de Kerangal – Éditions Verticales

Le rôle des voix dans nos vies

« C’est en rappelant à mon oreille la voix des morts aimés que je les garde présents en moi. » (p.153)

Depuis plus d’un an, nos voix sont masquées, filtrées, devenues presque sourdes. Avec ce recueil composé de « Mustang » la nouvelle centrale et de sept autres textes, ayant pour fil conducteur les voix humaines, que Maylis de Kerangal, tente de leur redonner toute leur puissance.

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Présentation : Maylis de Kerangal a conçu « canoës » comme un roman en pièce détachées : une novella centrale « Mustang » et autour, tels des satellites, sept récits. Tous sont connectés, tous se parlent entre eux, et partent d’un même désir : sonder la nature de la voix humaine, sa matérialité, ses pouvoirs, et composer une sorte de monde vocal, empli d’échos, de vibrations, de traces rémanentes. Chaque voix est saisie dans un moment de trouble, dans son timbre s’use ou mue, se distingue ou se confond, parfois se détraque ou se brise quand une messagerie ou un micro vient filtrer ses paroles, les enregistrer ou les effacer. J’ai voulu intercepter une fréquence, capter un souffle, tenir une note tout au long d’un livre qui fait la part belle à une tribu de femmes -des femmes de tout âge, solitaires, rêveuses, volubiles, hantées ou marginales. Elles occupent tout l’espace. Surtout, j’ai eu envie d’aller chercher ma voix parmi les leurs, de la faire entendre au pus juste, de trouver un « je » au plus proche ». (M de K)

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  • Toutes ces nouvelles sont fascinantes, comme « Mustang », récit d’un séjour qui se déroule au Colorado et un exil difficile. Celle de « bivouac » entraîne la narratrice dans un cabinet dentaire où, allongée sur le fauteuil, elle pense aux moulages de « mâchoires humaines esseulées et mutiques » qui lui font face…
  • Dans « ruisseau et limaille de fer », la narratrice retrouve une amie dont elle ne reconnaît pas la voix et qui se rendra quotidiennement chez son coach vocal. Puis, il y a cette jeune fille dans « nevermore » qui, le lendemain des résultats du Bac, prend conscience qu’elle va quitter son milieu familial.
  • ou celle-ci : « un oiseau léger » dans laquelle ce veuf refuse d’effacer la voix de son épouse sur le répondeur pour la réentendre. « Cette voix qui rend les morts encore vivants » qui sonne très juste, est l’une des plus belle nouvelles.

Dans « canoës », Maylis de Kerangal donne la parole aux femmes, des voix de tout âge. De nombreuses pistes de réflexions, de nombreuses questions s’offrent au lecteur, sur le rôle de nos voix dans nos vies. Son écriture est toujours aussi concise, précise, épurée.

Librairie Doucet Le Mans/M-Christine

« canoës » 170 pages – prix : 16.50 € (parution : avril 2021)

Maylis de Kerangal est l’auteure de six romans aux Éditions Verticales, notamment « Corniche Kennedy » (2008), « Naissance d’un pont » (prix Médicis 2010, prix Franz-Hessel), « Réparer les vivants » (2014, dix prix littéraires) et « Un monde à portée de main » (2018) ainsi que trois récits dans la collection « Minimales » : « Ni fleurs, ni couronnes » (2006), « Tangente vers l’est » (2012, prix Landerneau) et « A ce stade de la nuit » (2015)

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