UNE GRANDE DAME

Rien de crépusculaire dans cette conversation inédite, interrompue par la mort d’Hélène Carrère d’Encausse en août 2023.
En confiance avec Darius Rochebin, la première femme élue Secrétaire perpétuel de l’Académie française se livre avec une totale liberté d’esprit. Par la passion du savoir, à force de ténacité, l’enfant sans patrie, née dans la pauvreté, devint une figure de la civilisation française.
Méditant sur le destin russe baigné de sang, façonnée dès l’enfance par la lecture de l’Iliade, Hélène Carrère d’Encausse rappelle la loi de fer : la guerre est la règle, la paix l’exception. L’éblouissante leçon d’histoire nous fait comprendre la Russie, la guerre partout rallumée et l’avenir de l’Occident, menacé par la Chine et les nouvelles puissances.
Pas question de céder à la fatalité. Hélène Carrère d’Encausse revendique le mot d’ordre de Voltaire : beaucoup de gaieté, beaucoup d’ironie.

Non violente par le cœur, combative par l’esprit, Hélène Carrère d’Encausse baptisa son épée d’académicienne « Joyeuse », en hommage à Charlemagne : joyeuse et altière comme il faut l’être, disait-elle, « surtout quand le sort paraît contraire ». Elle nous transmet cette espérance.

Historienne de la Russie, Hélène Carrère d’Encausse disparue en août 2023, était membre de l’Académie française depuis 1991. Elle avait été élue secrétaire perpétuel en 1999. Hélène Carrère d’Encausse a reçu le « prix Aujourd’hui«  pour « L’Empire éclaté » (Flammarion) en 1978, le prix Louise-Weiss en 1987, et le prix Comenius, en 1992, pour l’ensemble de son œuvre.

LIRE CI-DESSOUS L’ ARTICLE LE POINT DU 16/03/24

Darius Rochebin publie son dialogue inachevé avec Hélène Carrère d’Encausse, disparue en 2023.
Darius Rochebin publie son dialogue inachevé avec Hélène Carrère d’Encausse, disparue en 2023.© Khanh Renaud pour Le Point

« L’histoire russe est baignée de sang. Les Européens ne le comprennent pas. Ils partent du principe qu’on emploie la violence en ultime recours. […] Les Russes obéissent au réflexe inverse. La force vient en premier. Ils la conçoivent comme le moyen le plus sûr, le plus naturel. » Il faut lire La Guerre et la Grâce, la conversation hélas inachevée avec Hélène Carrère d’Encausse que publie la star de LCI Darius Rochebin. Un dialogue vivifiant, politique et littéraire, dans lequel la tsarine du Quai Conti, disparue en août dernier, nous fait non seulement une offrande d’intelligence et d’énergie, mais dispense quelques leçons sur la Russie que nous aurions été bien avisés d’écouter plus tôt. Surtout à la lumière de la mort d’Alexeï Navalny, survenue cinq jours avant la sortie du livre. Au journaliste, qui lui rappelle la célèbre sentence de Staline « La mort résout tous les problèmes. Plus d’homme, plus de problème », l’historienne répond en effet : « La tradition vient de loin. Au temps des tsars, le meurtre politique se rencontre de façon régulière. Tuer simplifie tout. » Et de nous enseigner le mot « tverdost », la « dureté », la « fermeté », l’un des concepts fétiches des bolcheviques, mieux, une « suprême qualité » pour eux. Poutine, adepte de la tverdost ? Selon l’académicienne, qui n’a pas osé croire que ce dernier envahirait l’Ukraine (« Je me suis trompée », confesse-t-elle), mais ne démord pas pour autant de l’idée qu’il s’est engagé dans une « aventure irrationnelle », le maître du Kremlin se fait beaucoup d’illusions sur sa place dans le monde de demain : « C’est l’entrée de service que les Chinois lui proposent. » Quant à l’Europe, avertit-elle, il lui faut vite se reprendre si elle ne veut pas être ramenée à la définition forgée par Paul Valéry : « le petit cap du continent asiatique »… § Christophe Ono-dit-Biot.

Sa biographie de « Nicolas II »(Fayard, 1996) a obtenu le prix des Ambassadeurs en 1997. Hélène Carrère d’Encausse a publié de nombreux ouvrages, notamment, « La Gloire des nations » (Fayard, 1990), « Victorieuse Russie » (Fayard, 1992), « Le Malheur russe » (Fayard, 1988), « Lénine » (Fayard, 1988), « Catherine II » (Fayard, 2002), « L’Impératrice et l’abbé » (Fayard, 2003) et « L’Empire d’Eurasie » (Fayard, 2005), et « Alexandre II », « le printemps de la Russie ».

La guerre et la grâce – 112 pages – prix 14 € – (Parution 21/02/24)

LIBRAIRIE DOUCET LE MANS/M-Christine

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