Éditions P.O.L.
« Roland gardait les monts ; tous passaient sans effroi » Alfred de Vigny, Le Cor
La ville était sombre, ce soir-là, comme sans doute elle devait l’être le soir de novembre 1942 où Melville avait dîné avec le médecin ivre.
« Le titre du livre est emprunté à un vers d’un célèbre poème d’Alfred de Vigny (Le Cor) évoquant la Chanson de Roland et le passage des armées de Charlemagne par les cols pyrénéens. Le franchissement des Pyrénées, entre l’Ariège et Banyuls, il en est bien question ici. Le narrateur part sur les chemins empruntés, durant les années de guerre en 40-45, il y a déjà quatre-vingts ans, par des aviateurs alliés, des réfractaires au STO, des résistants et des Juifs pour gagner l’Espagne, et, de là, la France libre. Multiples histoires d’évasion dont Jean Rolin suit et croise les fils, qui finissent par former un puzzle historique, personnel et narratif captivant. Souvent empêché, plein d’auto-dérision pour narrer ses propres aventures burlesques, ou évoquer certaines figures troublantes de sa famille, Jean Rolin parvient à écrire aujourd’hui les cicatrices de la grande tragédie de l’exil, de la persécution et de la guerre, tout en exhumant les drames associés à la clandestinité : passeurs véreux ou douteux, itinéraires précaires, reliefs escarpés, rencontres improbables de passagers de fortune. Aviateurs héroïques (comme Bud Owen), destins tragiques (comme ceux de Philippe Raichen ou du philosophe Walter Benjamin), anonymes ou célébrités (comme Jean-Pierre Grumbach alias Jean-Pierre Melville). Jusqu’au rocambolesque Cabrero, passeur louche, résistant, gangster, qui sera accusé après la Libération d’avoir liquidé Jacques Grumbach (frère de Jean-Pierre), blessé dans sa marche.
La « Grande Histoire » côtoie les petitesses humaines, les héros des salauds. Dans un art distancé, Jean Rolin emporte l’adhésion, ménageant ses surprises et ses chutes, entre le rire et l’effroi. Il fait le grand récit contemporain d’une mémoire historique vacillante, de ses archives dispersées, et dans une mélancolie de détails contemporains : un oiseau plongeur, la mue d’un serpent dans un vieux cimetière de montagne, un paysage grandiose et étonnamment vide. »
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C’est en se rendant sur les lieux de passage, en empruntant les chemins de montagne, que Jean Rolin nous conte ses rencontres. C’est un hommage très touchant de Jean Rolin à tous ces juifs et tous ces résistants qui ont tenté pendant l’Occupation, de traverser les Pyrénées via l’Espagne, une étape nécessaire pour échapper aux nazis. Parfois les passeurs les aident mais aussi les arnaquent. Certes, on y croise des inconnus mais on y rencontre des gens plus célèbres tels que Jean-Pierre Grumbach alias Jean-Pierre Melville le futur cinéaste, puis Théodore Frankael mais aussi Walter Benjamin le philosophe qui succombera en se suicidant en Espagne. Et bien sûr, c’est toute l’Histoire, de ce livre intéressant et nécessaire, qui est palpitante et bouleversante.
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Jean Rolin est né en 1949 à Boulogne-Billancourt. Ecrivain et journaliste, il a publié de nombreux ouvrages chez P.O.L et entre autres : « Les Papillons du bagne » (2024) – « La traversée de Bondoufle » (2022) – « Le Pont de Bezons » (2020) – « Crac » (2019) – « Le Traquet Kurde » (2018) – « Peleliu » (2016) et bien d’autres….
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LIBRAIRIE DOUCET LE MANS/M-Christine
Tous passaient sans effroi – 160 pages – Parution : 02/01/25 – prix : 18 €


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