Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby -Actes Sud –

valentine-goby Mathilde, une petite mère courage !

d’après une histoire vraie et tragique, une histoire de mémoire.

Le roman a pour cadre La Roche Guyon (Val d’Oise) sur le plateau du Vexin (à 50 kilomètres de Paris). Paulot est marié à Odile. C’est la famille Blanc, ils ont trois enfants, Annie, Mathilde, Jacques. Mathilde est le garçon manqué de la famille. Ils sont cafetiers au « Balto », lieu de ralliement des copains, et c’est Paulot, plutôt boute-en-train qui  anime les cérémonies, les apéros, les fêtes, les bals, ça danse le tcha-tcha-tcha, la rumba au son de l’harmonica Hohner, sans oublier les parties de belote, de billard. Paulot est toujours là !

C’est le gars généreux, il accueille les sans-logis, les sans-le-sou et même s’ils se servent dans la caisse, c’est pas grave ! Il sert des repas gratuitement. Paulot a le coeur sur la main, il donnerait sa chemise.

Puis arrive l’imprévu, Paulot devient tubard. Ah ! quel vilain mot, quelle vilaine maladie. Nous sommes en 1952, Paul Blanc est atteint de pleurésie puis la tuberculose s’installe. Il est hautement contagieux. A l’époque, c’est une maladie honteuse. Paulot est devenu le véritable pestiféré. Tout le monde s’en éloigne. Les copains aiment bien le voir, mais de loin.

La maladie, les examens ça coûtent cher, les antibiotiques sont très onéreux. Pas assez de revenus. Pas de sécurité sociale (réservée uniquement aux salariés). Pas de vaccins à jour. C’est la désescalade sociale qui s’installe et la ruine. Alors, Mathilde va tout faire pour sauver l’honneur de sa famille et tenir le bateau. Il faut coûte que coûte sauver les siens, se sacrifier par amour pour son père qui pourtant n’a d’yeux que pour Annie qu’il fait danser, mais pas Mathilde. Pourtant, elle fait tout pour attirer l’attention de son père. Sept ans séparent les deux soeurs et Annie entame des études et vit sa vie. En classe, Mathilde  subit quelques humiliations de la part de ses camarades – car on colporte à la vitesse grand « V »que Paulot est tubard !,  Mathilde est  fille de tubard-  Elle s’aperçoit que tout le monde prend de la distance. Le tubard, il faut le cacher. En 1952, « le tubard qui rôde, c’est la mort assurée. Un mort-vivant. Un assassin. »  Les difficultés commencent et pour survivre, Mathilde multiplie les tâches, bonne à tout faire, main d’oeuvre à pas cher.., comme à l’époque.

Puis un jour, il faut absolument éloigner les parents, les mettre à l’isolement.  Paulot et Odile également contaminée quittent le « Balto » pour entrer au Sanatorium d’Aincourt** dans le Val d’Oise (en pleine forêt) où s’élèvent ce que l’on appelle le paquebot (bâtiment en béton, de trois étages, avec terrasse pour la cure (le solarium). C’est tout un jargon médical, toute une panoplie de médicaments que Mathilde –à qui on n’a pas tout dit, ni tout expliqué– tente de comprendre, d’apprendre : pleurésie, bacille de Koch, isoniazide, INH, Rimifon, PAS, Streptomycine etc…. Ensuite, les services sociaux s’en mêlent – la tuberculose c’est une maladie à déclaration obligatoire- A contre coeur, les enfants sont placés. Mathilde doit gagner sa vie pour sauver les apparences et soutenir son petit frère. Elle deviendra le pivot de toute la famille. Mathilde rebelle, refusera la fatalité et fera tout ce qu’elle pourra  pour préserver les liens, établissant une correspondance entre chaque membre de la famille, n’hésitant pas à se déplacer, à quitter sa famille d’accueil pour se rendre, par n’importe quel moyen, au chevet de ses parents. Quel dévouement ! Mais que deviendra Mathilde ? Qui prendra soin de Mathilde ?

 A chaque visite, lors de l’isolement dans ce paquebot planté au milieu de l’immense parc boisé du Vexin, Mathilde est leur véritable  bouffée d’oxygène, leur véritable bouée de secours. A chaque page,  cette histoire vraie est bouleversante !…

On a vraiment l’impression d’être avec tous les personnages évoqués, de les voir, de les entendre,  d’être sur les lieux, de faire partie du roman, tout simplement. Grâce à sa belle écriture, Valentine Goby nous offre « Un paquebot dans les arbres », un roman magique avec beaucoup d’amour pour la vie, un souffle d’air pur, cet air précieux que l’on respire.

Paulot et Odile, Léon et Nadette, Mathilde  : on ne peut pas les oublier ! Une véritable peinture de notre société, lors des années 50. Un magnifique roman, d’attachement à la famille, vibrant d’émotion.

Excellente lecture !

Marie-Christine

** »Le sanatorium d’Aincourt est situé dans le Parc naturel régional du Vexin, à proximité d’Aincourt (Val d’Oise) Il fut construit au milieu de la forêt est un ouvrage d’Edouard Crevel et Jean-Paul Decaux, entre 1931 et 1933. Devenu sous Vichy un camp d’internement administratif, ayant réouvert ses portes en 1946 pour la prise en charge de malades. Aujourd’hui, un seul des trois bâtiments est encore en activité (occupé par le Centre Hospitalier du Vexin). Les deux autres sont particulièrement dégradés et servent de terrain d’entraînement au paintball ». Par curiosité, visitez le site sur internet.

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